Jade from Paris: Christiane F. m'a tueR (et pas dans le bon sens du terme)

dimanche 3 novembre 2013

Christiane F. m'a tueR (et pas dans le bon sens du terme)

Jusqu'à ces dernières semaines, j'avais échappé à la tornade Christiane F.. Pas trop de ma génération, si je puis dire, le premier livre de cette cinquantenaire allemande étant sorti en 1981, soit dix ans environ avant ma naissance. Idem pour son adaptation cinématographique. Son nom me disait bien quelque chose mais je ne liais pas à la drogue ni à la prostitution de mineurs. 

 


Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée...

Il y a quelques jours, dans le bus, une jeune ado a vu la couverture de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée... que je tenais dans mes mains. Les éditions Flammarion m'ont fait parvenir son nouveau livre, Moi, Christiane F., la vie malgré tout, et je me suis plongée à corps perdu dans le précédent avant de l'entamer. La jeune fille du bus a alors raconté à son père qu'elle le lisait pour l'école et que ça avait l'air de lui plaire. La malheureuse, elle n'en était qu'aux premières pages : moi aussi, au début, je pensais que cette lecture serait plutôt simple. Pas de drogue dure dans ma vie, et des exemples de gens privilégiés trop vite tombés dedans dans mon entourage, dans un état de déchéance avancé aujourd'hui (aussi bien physique que psychologique). Seulement voilà, ce n'est pas spécialement le passage de Christiane du côté obscur de la force qui m'a touchée mais ses échecs à répétition. Ajoutés à du tapinage et des overdoses à la vue de tous, et la fatigue de ses parents face à la situation.

J'ai ressenti cette lecture comme une épreuve, avec entre chaque chapitre de la lassitude et du désespoir. Voilà, c'est ça : le premier livre de Christiane F. m'a vraiment déprimée et m'a carrément fait broyer du noir. J'ai même commencé à avoir un autre regard (méchant et dur) sur les ados autour de moi alors que j'ai moi aussi fait les 400 coups avant ma majorité... Je ne te remercie pas, Christiane Felscherinow.

Je sais que beaucoup d'entre vous ont adoré ce bouquin. Mais avez-vous réussi à ressentir de l'empathie pour Christiane ? Pour son copain Detlev ? Avez-vous pu ressentir de la tristesse pour cette gamine que j'ai trouvé antipathique au possible ? Moi non. Plutôt de la colère envers son témoignage parfois sibyllin et du découragement. Un point de vue d'adulte peut-être, qui aurait sûrement été différent lorsque j'avais 13 ans et des idéaux à revendre. Ajoutez à ça le côté très "lutte des classes" du bazar et vous me perdez, je ne suis pas fan du tout de ce fatalisme qui justifierait la prise d'alcool et de drogue (et abordé plusieurs fois dans le livre).


Moi, Christiane F., la vie malgré tout

Je savais cependant à quoi m'attendre avec Moi, Christiane F., la vie malgré tout car j'avais lu cet article très complet du Monde auparavant, mais j'espérais y trouver une once d'humanité et de sensibilité. Rechute, mauvaises rencontres, idylle en Grèce, prison, placement de son enfant dans une famille d'accueil... Une liste d'évènements tout aussi noirs, avec en plus du name-dropping à tout va dans les chapitres consacrés au monde du rock (Christiane ayant fréquenté David Bowie et Nina Hagen, rien que ça). Mon avis ? Assez ennuyeux par moments, embarrassant à d'autres, agressif tout du long. Le personnage n'essaye même pas de se montrer sympathique dans ce long entretien réalisé avec la journaliste Sonja Vukovic : elle semble en vouloir à la terre entière et surtout à elle-même, le premier livre ayant entre autres rendu ses relations avec sa famille très difficiles (en même temps, vu ce qu'elle disait d'eux...). Même les personnes l'ayant aidée de manière franche et avec plein d'amour n'ont jamais été remerciées. Mais que voulez-vous, Christiane explique qu'elle était égoïste à cause de la drogue. Et c'est l'excuse la plus merdique que j'ai jamais entendue, je crois.

Je pourrais continuer comme ça pendant des heures tant ce nouveau livre m'a révoltée. Autant le premier a été un vrai choc (aussi bien au niveau des faits racontés que par l'enlisement de Christiane dans la drogue), autant cette nouvelle parution est inutile à mes yeux. Seul intérêt : avoir un aperçu du paysage de la drogue des années 70 à 90 et ses diverses évolutions. Et un aperçu du profil un peu mégalo de la droguée la plus connue d'Allemagne.

Pour les plus courageuses et les fans du premier livre, Moi, Christiane F., la vie malgré tout est dispo depuis peu chez Flammarion. Plus d'infos ici.


Et vous, avez-vous lu le premier livre de Christiane F. ? Quelles ont été vos impressions ? Le nouveau livre vous tente-t-il ?
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