Jade from Paris: Cloud Atlas : Jacques le Fataliste à la sauce sci-fi

mercredi 27 février 2013

Cloud Atlas : Jacques le Fataliste à la sauce sci-fi

NB : voici une chronique culturelle écrite pour le travail (comme cette critique d'Argo) donc moins personnelle et légère que d'habitude ! J'espère quand même qu'elle vous plaira. Et foncez voir Cloud Atlas à sa sortie le 13 mars, ça vaut vraiment le coup :)


Copyright photo : Allociné


Les films des Wachowski ne laissent jamais indifférents, et de la même manière ne font jamais l’unanimité. A la sortie d’une projection, le public se partage entre les adorateurs, les mitigés qui ont besoin d’un temps de réflexion et les autres, qui avouent n’avoir rien compris. En cause : non pas une intrigue compliquée… mais une déstructuration des séquences, à la manière de la trilogie Matrix et du voyage incessant entre deux mondes. Dans le cas de Cloud Atlas, adaptation du roman éponyme de David Mitchell, le sujet a été vu et revu : dans les livres tout d’abord, depuis Homère au Jacques le Fataliste de Diderot ; sur grand écran également, notamment dans le teenager L’Effet Papillon. Le destin de chacun est-il déjà tracé depuis la naissance ou sur "un grand rouleau" pour reprendre Diderot? Chaque incident trouve-t-il une cause dans un évènement ou un comportement passé ? N’y a-t-il pas moyen de changer les cours des choses, de s’émanciper contre les forces dominantes ? Autant de questions abordées ici par Lana Wachowski, son frère Andy Wachowski et Tom Tykwer, co-scénariste compositeur ayant au passage signé et reçu deux prix pour la bande-originale du film. 

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La musique fait d’ailleurs partie intégrante du film. Elle lui donne son nom, Cloud Atlas ou Cartographie des Nuages étant un sextet au piano, écrit par un des personnages des années 1930 et qui reprend, entêtant, de séquences en séquences. Voilà toute la construction du film : des allers et venues à travers les siècles, afin de montrer à quel point les faits du passé influent sur le présent et le futur pas encore écrit, sorte de réactions en cascade. Un journal de voyage, une pièce musicale, une icône résistante… Un infime détail est suffisant pour tout bouleverser par la suite. On passe du 18e siècle et la Polynésie esclavagiste à une ville totalitaire imaginaire des années 2200, Neo Séoul. Avant de repartir dans le San Francisco hippie, l’Ecosse du début de la Seconde Guerre Mondiale ou encore une contrée inconnue, où la langue orale a muté et les habitants vouent un culte à une déesse asiatique. Chaque période a ses codes visuels propres et le goût des scénaristes pour l’univers manga ressort plus fort que jamais dans cette Corée presque apocalyptique. Face à cet enchaînement des évènements entre en ligne de compte le destin de tout un chacun, et c’est là le début du génie des Wachowski. 

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Oppresseurs et oppressés, le thème a été très souvent abordé sur tous les supports. Du côté des oppresseurs, on retrouve des magnats du pétrole et du nucléaire, des dictateurs, des patrons, des esclavagistes, des homophobes et surtout des dieux et démons, dictant la conduite de leurs adeptes. La recherche de la "vérité vraie" n'est pas en reste, tourmentant chaque personnage. Mais aucune vie n’est figée, et l’émancipation est toujours possible tandis que les oppresseurs ne cessent d’argumenter sur « l’ordre naturel des choses ». Celle-ci passe par l’art, la résistance politique et l’amour, véritable clé de sol du film. Il est l’espoir de chaque personnage oppressé qui trouve dans son espace-temps un allié, voire un sauveur dans le cas de Zachry et Sonmi. Mais un des autres échappatoires place le film dans la case des pamphlets agnostiques : la réincarnation. Aussi bien imagée qu’appliquée dans le cas présent. Chaque acteur, tête d’affiche ou non, apparaît de siècles en siècles dans un rôle bien différent. Les oppressés tiennent leur revanche, comme ce Tom Hanks lâche qui travaille dans une autre séquence au rétablissement d'une vérité. Cette réincarnation se fait sans souci de sexes, de genres et de races. Les acteurs masculins jouent des rôles de femmes (et vice versa), pour un résultat frôlant parfois le loufoque dans le cas d’Hugo Weaving. La Coréenne Doona Bae (révélation du film) se fait blanche à tâches de rousseur, Halle Berry chirurgien asiatique puis Juive ou Indienne en tenue traditionnelle. Les acteurs semblent autant s’amuser que le public, Tom Hanks et Hugh Grant en tête. Un récapitulatif des travestissements est même présent dans le générique de fin, preuve que Cloud Atlas n’est pas uniquement un monument de 2h45 alambiqué et bien signé : c’est aussi un monument de décors, de costumes et de maquillage. 

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La durée importante du film est tempérée par le rythme et contenu des séquences : les scènes d’action prenant place dans les différents espace-temps s’enchaînent ; de même pour les scènes humoristiques et mélodramatiques. Cloud Atlas devient ainsi un melting-pot à la fois historique et cinématographique, mêlant différents genres (gore compris) et époques. Et au final, que retient-on de ce film complexe ? Que le traitement donné à l’image et à la trame révolutionne la thématique fatalisme/déterminisme, loin d’être originale et rappelant les cours de philo pré-bac. Que la liste des acteurs, issus de tous les horizons, est très bien pensée. Que l’amour est selon les Wachowski une des solutions aux difficultés de la vie, et ce malgré la mort. Il survit malgré la séparation, la distance et les discriminations. Icône sublime de ce manifeste, porté en étendard par une scénariste transsexuelle primée par l’association LGBT Human Rights Campaign : le compositeur de la Cartographie des Nuages est homosexuel

Copyright photo : Allociné


 Sortie de Cloud Atlas le 13 mars au cinéma, plus d'infos par ici !
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