Jade from Paris: Petite sélection de romans

lundi 3 mai 2010

Petite sélection de romans


L.A Story de James Frey
Voici un ambitieux et réussi portrait de Los Angeles, à travers plusieurs dizaines de personnages, faits historiques, sociaux et descriptions géographiques. Et plus précisément grâce à quatre portraits, habitants et surtout victimes de la ville californienne: un acteur blanc mondialement reconnu, prêt à tout pour faire de son agent afro-américain son nouvel amant; une fille d'immigrés clandestins mexicains, complexée par son physique et sa trop grande intelligence; un SDF alcoolique vivant sur Venice Beach, qui se prend d'affection pour une adolescente junky découverte derrière une poubelle; un jeune couple de futurs parents, échappé de leur Ohio natal et violent, à la poursuite du rêve américain mais qui se frottera d'un peu trop près aux gangs de motards... Ce roman anticonformiste montre ainsi la complexité de Los Angeles, entre l'image de rêve qu'elle renvoie (plages, golfs, cinéma) et sa réalité bien moins pailletée (conflits raciaux, pornographie, drogues). Ajoutez à cela une fin douce-amère, qui ne laisse pas indifférent et fait vivre les protagonistes encore un peu plus longtemps dans notre esprit. Ne fuyez cependant pas devant son style très étrange, à la Proudhon mais sans ponctuation (!), le texte n'en est que plus marquant... A lire d'urgence, pour son humour corrosif et son réalisme affolant.


L'hirondelle avant l'orage de Robert Littell
L'auteur rend ici hommage au poète russe Ossip Mandelstam, victime du stalinisme et décédé alors qu'il était condamné à des années de travaux forcés pour une épigramme anti-socialiste. Sa vie, son travail et son arrestation sont ainsi reconstitués grâce à des enregistrements, capturés par Littell lui-même, tandis que d'autres personnages font eux aussi leur apparition avant de devenir narrateurs. Anna Akhmatova par exemple, amie et poète de Mandelstam, Nadejda Mandelstam, épouse et muse, ou Fikrit Shotman, ancien champion d'haltérophilie devenu hercule de cirque et accusé d'espionnage trotskiste... On (re)découvre à travers ces différents points de vue les conditions de vie en URSS, les espionnages permanents, le lavage de cerveau mais surtout le statut des artistes de l'époque. Les interrogatoires, les exils et la vie dans les camps de travaux forcés y sont longuement décrits et on ne peut s'empêcher de trembler pour les personnages, autant pour le bon communiste persuadé d'avoir mal agi que pour ceux toujours avides de critiquer le pouvoir. Mention spéciale pour la retranscription de la dernière lettre d'Ossip Mandelstam, destinée à sa femme et abandonnée durant son dernier exil forcé. L'Hirondelle avant l'orage est en conclusion un roman très intéressant, original par la forme et surtout poignant.


Le temps suspendu de Valeria Parrella
Maria a la quarantaine, elle vient d'accoucher d'Irene, condamnée au service des bébés prématurés d'un hôpital de Naples. Comme vous pouvez le constater, ce très court roman n'est pas rose bonbon... Et au niveau du style, les longs paragraphes font place à de courts textes et à d'importantes ellipses. On passe ainsi des souvenirs de Maria sur ses parents à ses visites à l'hôpital, de son travail d'enseignante au père d'Irene, aujourd'hui absent. Si bien que 2 mois se déroulent en l'espace de 150 pages, sans même s'en rendre compte. Le Temps suspendu est loin d'être le chef-d'oeuvre de l'année mais a un fort potentiel sensible. Déprimées avant lecture, je ne vous le conseille donc pas, puisque l'on suit Maria dans son combat et la difficile acceptation que sa fille ne survivra peut-être pas. Simple et efficace, ce roman rend surtout hommage à toutes les mères, à la ville de Naples et tout ceux qui la constituent: enfants, personnes seules et immigrés, dont la narratrice prend constamment la défense. A lire, à vos larmes et périls, et pourquoi pas devant un discours bien extrême de Berlusconi.
Merci à Chez-les-filles et aux Editions du Seuil pour cette découverte :)


La forêt des Mânes de Jean-Christophe Grangé
Ah, j'attendais ce nouveau roman avec impatience vue la trouille que m'avait filé Miserere. Ça tombe bien, la solution se trouve terrée dans les bois et j'ai une phobie des bois, surtout de nuit et à l'autre bout du monde. Mais revenons à l'action principale... Plusieurs crimes cannibales secouent Paris: les victimes, toutes des femmes, sont retrouvées à moitié dévorées dans des lieux isolés, avec à leur côté des inscriptions rituelles et des traces étranges de pas. Détraqué fanatique de la préhistoire, animal ou tueur calculateur ayant souhaité se débarrasser d'opposantes? L'affaire attise la curiosité de la juge d'instruction Jeanne Korowa, jusqu'au jour où un collègue enquêtant sur l'affaire est assassiné à domicile C'est décidé, elle mènera sa propre enquête, quitte à remonter dans le temps, voyager jusqu'aux origines du Mal et s'associer à un mystérieux psychiatre, persuadé que le meurtrier cannibale souffre d'autisme. On retrouve le goût de Jean-Christophe Grangé pour les faits divers sanglants, l'Amérique Latine et son Histoire. Tout pour me plaire donc, d'autant plus que l'auteur s'attaque cette fois au passé de l'Argentine, sa dictature militaire, ses missionnaires avides de paix et ses lourds traumatismes. Alors pourquoi cette fin si rapide, cette protagoniste si antipathique et ces passages peu crédibles, comme si trouver un meurtrier était une mince affaire même lorsque l'on est pas en charge de ce même dossier? Vraiment, Jean-Christophe, quelle débandade. Mais tout de même... Vivement le prochain :)

Et photo bonus: Harlaaaaaaaaaan

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