Jade from Paris: La Mara tiene buena memoria

jeudi 1 octobre 2009

La Mara tiene buena memoria


Sayra est une adolescente et vit au Honduras. Son père, depuis plusieurs années résidant clandestin aux Etats-Unis, vient d'être expulsé mais est prêt à tenter un nouveau périple pour retrouver son Eldorado, sa nouvelle femme et ses enfants, et embarque avec lui son frère et Sayra. Quelques centaines de kilomètres plus haut, Willy alias Casper est Mexicain et fait partie de la MS 13, la Mara Salvatrucha. Pris dans un engrenage de violence mais romantique dans l'âme, il commet finalement l'irréparable et se voit forcé de s'enfuir vers le Nord, en compagnie de Sayra elle aussi passagère improvisée du même train de marchandises. Telle est l'histoire de Sin Nombre, film méxico-américain de Carl Fukunaga, qui vise à dénoncer l'horreur des gangs latino-américains et des conditions de vie et de transports des clandestins vers les Etats-Unis. L'idée de départ est bonne, mais je n'ai pas vraiment été convaincue par ce long-métrage d'1h36 qui semble pourtant durer doublement plus longtemps. Ici, l'histoire flotte entre cruauté/réalisme et romantisme/niaiserie, sans doute pas la bonne manière de décrire l'atmosphère propre au sujet abordé. Selon moi et quitte à en choquer certains, la violence, la drogue et le sexe collent de manière parfaite aux gangs quels qu'ils soient (le côté humain est laissé de côté et le mécanisme de meute prend le dessus), et le film contient d'ailleurs certaines scènes de bizutage assez costaudes. Le problème, c'est que le rythme s'essouffle très vite au profit d'un manichéisme rageant, confrontant la jeune et innocente Sayra à l'ancien méchant Casper, prêt à se racheter auprès d'elle alors que toute la Mara le recherche, mort ou vivant. Certes, c'est grâce à cette romance et à ses bons sentiments que l'on s'attache aux protagonistes. Certes, chacun a droit à un peu d'amour et de répit mais c'est en l'occurrence gauchement fait et représenté. Les répliques de Sayra sont dignes d'un Twilight remasterisé (flagellez-moi, je suis prête), les retournements de situation très prévisibles et c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Je n'irai pas jusqu'à dire que le film ne vaut rien, ce serait complètement faux (il était même en compétition au Festival du film américain de Deauville); c'est toujours un plus à regarder si l'on est passionné comme moi d'histoire latino-américaine et américaine tout court malgré ses faiblesses, et retrouver ce petit accent propre aux Mexicains m'a rappelé quelques très bons souvenirs (vos à la place d'usted, caramba).
En fait et surtout, ce qui m'a le plus gênée est que Sin Nombre ne fait que jeter un pavé dans la mare. La violence et l'engrenage des plus jeunes dans les gangs? On la connaît déjà. Les très dangereuses migrations vers les Etats-Unis? Idem. Des solutions? L'amour, voyons (mais pas l'amour divin, ça n'a pas l'air de fonctionner pour le coup)... Quant à un possible "effet coup de poing" auprès des membres de la Mara Salvatrucha (tout comme la Calle 18 et compagnie), je n'y crois pas un instant étant donnée son implantation sur tout le continent américain et le réel sentiment de fierté des milliers de socios (il existe même des groupes de musique portant les noms des gangs et ils n'ont franchement pas l'air d'enfants de choeur). A moins que Sin Nombre soit le genre de films pour utopistes Européens/Américains du Nord, révoltés devant une projection mais pas aptes à faire grand-chose.
Bref, ne misez pas tout sur ce film qui perd vite de sa saveur (mais qui a apparemment plu à beaucoup d'autres spectateurs) et appelez-moi désormais la femme sans coeur mouahaha. Dans les salles dès le 21 octobre.
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