Jade from Paris: Romans noirs et compagnie

jeudi 19 mars 2009

Romans noirs et compagnie

Miracle! Je commence tout juste à avoir un rythme de lecture normal, c'est-à-dire que je ne finis plus un roman en 1 ou 2 jours. Voici cependant quelques lectures plus ou moins sombres que j'ai pu dévorer avant ma soudaine baisse de tension: difficile à lire, à supporter, à imaginer... J'adore hinhin.


Pour les âmes sensibles, La solitude des nombres premiers de Paolo Giordani est le plus soft de ma sélection! Le premier roman de ce doctorant en physique théorique suit deux camarades de classe diamétralement opposés socialement et financièrement mais qui cachent en fait leur unique point commun: une terrible déchirure lors de l'enfance. Entre Alice, devenue éclopée après un accident de ski, et Mattia, jeune homme ayant abandonné sa soeur jumelle autiste des années plus tôt, l'auteur aborde le thème de l'adolescence, de ses interrogations et divagations, dont les plus extrêmes: anorexie, homosexualité, dépression, scarification... Le style est simple, sec mais parvient parfaitement à transmettre les émotions de ces jeunes à la recherche de leur véritable identité, les sentiments intenses en sourdine mais bien présents. Un très bon roman, qui réussit à parler de jeunesse et d'amour sans sombrer dans le nian-nian.
Un grand merci à Chez-les-filles et aux éditions Seuil pour cette jolie surprise!


Les ruines de Scott Smith fait beaucoup moins dans la dentelle. Ce roman fantastique mérite à être connu, avec l'aval de Stephen King en personne s'il vous plaît! En plein été, deux couples d'étudiants américains s'éclatent sur la plage de leur hôtel de luxe mexicain. Soleil, sexe, tequila, ils se lient d'amitié avec un groupe de Grecs et un mystérieux Allemand, dont le frère venu avec lui dans ce paradis terrestre n'a plus donné de nouvelles après avoir suivi la "femme de sa vie". Madame, archéologue, l'a mené avec son équipe sur des ruines mayas situées en pleine jungle... Et voici nos Américains, leur compagnon Allemand et un des apollons Grecs partis pour cette région inconnue, avec l'espoir de retrouver l'intéressé. Cruel, grinçant, flippant, ce roman est une source de sueurs froides, explorant sans tabous les confins du comportement humain et sacré. Machinations, cachotteries, réactions primitives face à la peur, les esprits et l'ennemi, ça envoie du lourd et ça vous empêche sacrément de dormir pendant un bout de temps.


Voici un auteur de thrillers que j'apprécie particulièrement, l'Islandais Arnaldur Indridason. Ses bouquins se déroulent tous sur son île d'origine, noire et pas vraiment rassurante. J'aime à les qualifier de "romans Cold case" car ils renvoient à des décennies passées et tentent de résoudre des crimes découverts il y a peu. La Cité des Jarres, premier volet des enquêtes de l'inspecteur Erlandur Sveinnson, est selon moi un poil moins bon que le second, La femme en vert, mais il est dans tous les cas très difficile de les refermer avant d'en connaître la fin! Une écriture parfois sèche, une pointe de féminisme, des anti-héros qui tentent tant bien que mal à allier vie professionnelle et vie privée, le résultat est tel que j'attends avec impatience que les deux derniers romans de l'auteur (L'homme du lac et Hiver arctique) sortent en poche. Pour information, je lis en ce moment La voix, troisième volet des enquêtes et je vous en parlerai si ça vous intéresse. A noter également que 4 bouquins sur 5 ont remporté au moins un prix littéraire: chapeau bas cher Arnaldur!


De nombreux blogs en ont parlé dernièrement: La route de Cormac McCarthy. J'ai franchement été charmée par l'intemporalité du récit, l'absence de cadre spatio-temporel précis, malgré un thème très pessimiste. A la suite d'une révolution (naturelle ou humaine?), un homme et son fils tentent de traverser les Etats-Unis dévastés, avec un chariot, des couvertures et quelques bricoles pour tout bagage. Pourquoi vont-ils vers le sud, pourquoi la mère de l'enfant a-t'elle décidé d'abandonner sa famille, comment le territoire a-t'il pu brûler de part en part? Les réponses restent inconnues, même à la fin du roman, mais c'est surtout la vision apocalyptique de l'auteur qui est intéressante. Réputé pour ses vagabondages et son autarcie, il ne nous présage rien de bon, un monde où Dieu n'est plus qu'un ridicule espoir et où l'homme est décidément un loup pour l'homme. La forme du roman (des paragraphes plus ou moins courts) est très originale et reflète bien l'état de fatigue, d'errance et d'incertitude des personnages. Parfois effrayant, parfois répugnant, toujours captivant, je vous le conseille si vous n'êtes pas déprimés, la fin étant horriblement triste. Je l'ai lu en version castillane: à tenter si vous avez de sérieux bagages car c'est pas du gâteau, comme on dit.


Et une petite BD pour terminer: Massacre à la tronçonneuse de Wesley Craig, Dan Abnett et Andy Lanning. Je ne connaissais que vaguement l'histoire mais l'ai parfaitement comprise grâce à cette lecture, à ne pas mettre entre toutes les mains. Les illustrations sont prenantes, les répliques cinglantes et les onomatopées vibrantes! L'hémoglobine coule à flot de page en page et les membres de la famille Hewitt, ce clan cannibale et consanguin, se font de plus en plus tordus et fêlés. Frissons garantis dès les premières bulles grâce à ce comics, qui coûte cependant un peu cher (18€).
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